Affichage des articles dont le libellé est INFORMATION. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est INFORMATION. Afficher tous les articles

lundi 9 juillet 2007

L'info n'est plus ce qu'elle était


Pour un journaliste et enseignant comme moi, la réalité est dure à accepter: l'information n'est plus ce qu'elle était. Hier top-down, maniée par des spécialistes, aujourd'hui la voici circulaire, itérative, collaborative. Hier texte, aujourd'hui image. Hier vérité, aujourd'hui discussion. Tout a changé en elle: son élaboration, sa forme, sa diffusion. On peut toujours gloser pendant des heures sur la qualité de l'info d'hier par rapport à celle d'aujourd'hui, cela ne sert à rien. L'information est d'abord celle qui existe et qui est consommée. Si tout le monde regarde Dailymotion et plus personne le JT, l'info est sur Dailymotion, point.


Comment cette nouvelle information participe à la compréhension du monde et à l'amélioration des connaissances individuelles et collectives est une autre question. Comme disait Chou-En-Lai (ou Zhou-Enlai, bref  周恩来 en chinois) à qui on demandait ce qu'il pensait de la révolution française de 1789: "Il est beaucoup trop tôt pour juger!"


En tout cas, pour la rentrée universitaire, il va falloir que je modifie une bonne partie de mon cours. Démago, je me vois très bien entamer mon premier cours en apostrophant mes étudiants: "Désormais, l'information, c'est vous!" Je n'aurai plus qu'à les faire parler pour donner du contenu à mon cours! Elle est pas belle, la vie?





tag technorati :


--source image photo Robert Doisneau -- 

lundi 5 juin 2006

S'il te plaît, dessine-moi une info

"Redéfinir l'information"


C'est une chronique que je publie aujourd'hui dans Les Echos.


Je continue mon combat pour une certaine idée de l'info...


Extrait:


"S'il te plaît, dessine-moi une info...


Si le Petit Prince revenait visiter notre société, il nous demanderait sûrement d'esquisser les contours de cette « information » aussi obscure dans sa définition que valorisée dans les discours..."


Mise à jour : le lien des Echos étant rompu, voici mon texte original:


 "S'il te plaît, dessine-moi une info…"
par Luc Fayard


Si le Petit Prince revenait visiter notre société, il nous
demanderait sûrement de lui dessiner cette "information", aussi
obscure dans sa définition que valorisée dans les discours.


Et l'on aurait
autant de mal à la crayonner que son mouton. Car chacun y met ce qu'il veut. Pour
les uns, c'est le JT de 20 heures qui donne "les infos" (alors qu'un
JT c'est 1 400 mots, disait Bruno Masure, soit une colonne de quotidien)… Pour
les autres, c'est un renseignement pratique : "file-moi l'info".




Jean Baudrillard (1981): « Nous vivons dans un monde où il
y a de plus en plus d’informations et de moins en moins de sens ».

A
l'origine, elle est judiciaire: on instruit une information contre quelqu'un
(et on le fait plus ou moins bien si l'on en juge l'affaire d'Outreau…) Sa
théorie mathématique n'a pas bougé d'un bit depuis qu'elle fut formulée par son
auteur Claude Shannon, en 1948: la quantité d'information dans un message est
inversement proportionnelle à la probabilité d'apparition de ce message. « Le
propre de l’information est de nous apporter un élément décisif et de nous
surprendre. » dit fort justement Edgar Morin.




tag technorati :

 


 


 


 



On la confond souvent avec la communication et c'est normal:
donner une info, c'est aussi transmettre une intention, au grand dam des écoles
de journalisme qui ne jurent que par l'objectivité. Pourtant, mettre en forme,
c'est déjà prendre parti, évidemment. Pour les journalistes, l'info, c'est ce
qui est dans le journal, CQFD. Ah bon? Y compris la pub et les petites
annonces, alors?... Enfin, l'information a de plus en plus une acception
biologique, avec le développement de la recherche sur les gênes et l'ADN.


Si l'on en croit les gourous autoproclamés des blogs, wikis
et autres réseaux sociaux, l'information est même devenue une sorte de
connaissance universelle, gratuite et collaborative. Fin du vieux système
pyramidal où le savoir descendait d'en haut – église, savants, politiques,
presse – vers le bas peuple. Voici la nouvelle ère circulaire de l'info par
tous et pour tous. La république de l'information. Société, autoroutes, sommet
mondial, tout s'y accole. Avec un petit air de fête high tech en prime puisque
les nouvelles transmissions de l'information sont essentiellement numériques.
D'où la confusion grandissante entre le fond et la forme, caricaturée par le développement
exponentiel des blogs.


Alors de quoi parle-t-on? Fait, renseignement, donnée,
rumeur, opinion, événement, idée, pensée, savoir, connaissance? C'est quoi, une
info? Et surtout, ça sert à quoi? C'est en essayant de répondre le plus
précisément possible à ces deux questions que l'on sortira de l'impasse conceptuelle
et des débats stériles. Chacun d'entre nous devra pouvoir décider, en
connaissance de cause: ceci est de l'info, ceci n'est pas de l'info.


Premier élément : le contenu et sa valeur. La théorie
économique de base - la valeur d’un bien dépend de sa rareté – ne va pas nous
aider puisque l’information est par essence un bien dont la valeur croît en
proportion de sa diffusion ; plus on partage l’information, plus elle se
développe. Une information que personne ne connaît n’a pas de valeur, elle
n’existe pas: « S’il y a un bruit dans la forêt et qu’il n’y a personne dans la
forêt, il n’y a pas de bruit. » dit Peter Drucker. Ou mieux: « Esse est percipi
», exister, c'est être perçu, disait l'évêque Georges Berkeley en 1710.


Parfois, c'est l'inverse: disposer d’une information rare
peut donner un avantage compétitif dans le business. La valeur de ce
renseignement est forte, non par l’échange mais par l’usage que je vais en
faire; je ne vais surtout pas le négocier, je vais l’utiliser en grand secret.


Quoi qu'il en soit, l’analyse par le prix de revient n’est
pas applicable: la valeur ajoutée de l’information n’est pas dans son coût de
reproduction (souvent voisin de zéro) ni dans sa valeur d’échange (puisque
beaucoup d’infos sont gratuites) mais bien dans sa valeur d’usage : c’est
ce que je vais faire avec cette information qui va déterminer sa valeur.


Ce qui est certain, c’est que l’économie mondiale, portée
par les TIC, dématérialise un nombre croissant de biens et services. Elle incorpore
donc une part de plus en plus importante d’information dans son PIB. Mais à
l'instar de la théorie de Shannon, le nombre de bits d'un message est un
indicateur insuffisant de sa qualité intellectuelle et de son utilité.


Bref, la valeur économique de l'information est réelle mais
toujours aussi difficilement mesurable!


Deuxième élément : le cerveau, le processeur. N'oublions pas
que ce cerveau est d'abord une formidable machine à oublier. Aucune information
ou connaissance ne peut être tenue pour acquise. Nous sommes en situation
permanente de concurrence cognitive (que nous reste-t-il de nos savoirs
scolaires?). Tous les processus mentaux sont des mécanismes de sélection et
d'élimination. Et lorsqu'on cherche une réponse à une question, on a tendance à
s'accrocher à celle qui à la fois nous satisfait et nous demande le moins
d'effort intellectuel (principe de pertinence). L'homme n'y peut rien, il est
fait comme cela!


Alors, sur la base de ces deux éléments – un contenu à  valeur réelle mais difficilement mesurable et
un processeur imparfait - , voici mon essai d'une nouvelle définition :
"L’information est une forme de renseignement sur des faits ou des idées, issue
d'un travail intellectuel méthodique repérable, portée à votre attention à un
moment et dans des circonstances donnés, dont vous avez besoin ou que vous
pensez être utile pour vous, dans votre vie, et dont le but est d'améliorer
votre compréhension du monde et même pourquoi pas de vous rendre heureux."
Définition ambitieuse mais qui devrait nous permettre de faire le tri,
notamment sur internet.


Conclusion: il n'y a pas d'info brute, il n'y a que de
l'info raffinée. C'est un processus qui prend du temps, qui passe par des
étapes obligatoires, bien connues des journalistes (validation, véracité,
fiabilité, recoupement, etc.). Elle est tout sauf un hasard de la pensée. Elle
n'a rien à voir avec la rumeur ou l'opinion, rien à voir avec l'outil qui la
produit. Elle a besoin d'un peu de temps pour prendre forme et de recul pour
exister. Elle n'est pas temps réel et ne le sera jamais. Elle est une vraie
richesse de l'humanité, qu'il ne faut pas galvauder.


Voilà ce que j'aimerai savoir dessiner pour le Petit Prince…

mercredi 17 mai 2006

Infobésité et Information

Ci-contre le powerpoint de ma présentation, hier, à L'ENST Paris, sur le thème "Infobésité et Information".


Autres orateurs présents:


- Michel Germain, directeur de Arctus


- Michel Lemonier, directeur des programmes systèmes d'information et communication, à l'Agende de L'Innovation Industrielle AII;


- Jean-Jacques Damlamian, ex directeur du développement de France Télécom.


Le technicien qui installait les micros se depêche de partir, avant le début de la conférence; je lui dis: "Mais vous ne restez pas nous écouter? Vous avez tort, ce sera très intéressant!". Il me répond: "Mais je connais ça par coeur: trop d'info tue l'info!"...


Pour ceux qui veulent quand même en savoir un peu plus, confert quand même mon powerpoint où je ressasse une de mes idées fixes: "l'info, ce n'est pas forcément ce que vous croyez"...



vendredi 17 mars 2006

Techniques de Communication

Mon cours, rebaptisé "Techniques de Communication - Maîtriser son information" pour mes étudiants de Paris 1 - Sorbonne - Tolbiac, qui essaient de continuer à travailler dans ces circonstances difficiles, est disponible en ligne ICI.


Il est destiné aux étudiants et, bien sûr, à tous ceux que le sujet intéresse.


Les remarques, critiques, commentaires, suggestions et apologies sont les bienvenues!


(Synthèse de 134 pages, j'arrive pas à faire plus court! format PDF, 750 K). 



--et merci à Michel Sollogoub de m'avoir proposé cet enseignement-- 

mercredi 15 mars 2006

A quoi me sert ce site? A rien.

Je me doutais depuis un moment de la réponse mais je n'osais la regarder en face.


Ce site - blog ne me rend pas plus intelligent ni heureux. Il me prend trop de temps, au détriment d'autres activités plaisantes. Il ne m'apprend pas grand-chose de vraiment important: ce ne sont ici et là que conversations, points de vue, anecdotes, trucs rigolos aussi vite repérés qu'oubliés. Certes, on y trouve parfois un zeste de techno bien appliquée: une vidéo en streaming, un dictionnaire sur chaque mot… Mais la maquette des pages est nulle par rapport à celles des journaux papier, elle ne me procure aucune satisfaction.
Bref, rien dans tout cela qui change le monde.


J'ai heureusement échappé, par un hasard plus ou moins dirigé, à l'avalanche des commentaires bof-lol-mdr, ce qui n'a pas empêché de site de grimper dans le ranking mondial, on se demande bien pourquoi et comment. J'apprécie les commentaires constructifs, ceux qui lancent d'autres pistes et ce site a la chance d'en accueillir régulièrement de ce profil. Merci en tout cas à tous ces contributeurs. Je sais que j'ai quelques lecteurs fidèles, intéressés, cela me procure un grand plaisir et c'est sans doute pour eux que je continue. Mais quel mal je me donne, c'est pas croyable! Sans vous parler des mois de travail inutiles, le jour où j'ai décidé de passer d'une plateforme standard de blogs à un site conçu uniquement par moi avec les outils du logiciel libre. Quelle prétention! Et quelle utilité?


Afficher, en bas à droite, un compteur de visiteurs? 433 et des brouettes depuis que j'ai démarré, il y a un an et demie. Et alors?  En fait, je ne le regarde même plus. Tous ces chiffres n'ont aucun sens, ils ne font que symboliser l'agitation ambiante de la blogosphère et assimilés.


En fait, ce site, c'est mon blogue-notes, pour reprendre le nom d'un blog sympa, mon pense-bêtes, mes archives, j'y case tout ce que je vois passer et que j'ai peur d'oublier.


J'y ai mis à une époque tout ce qui tournait autour de mes réflexions sur l'information. Mais, sur ce sujet-là, le seul qui soit fondamentalement intéressant, je n'ai pas beaucoup progressé depuis un an.


Si, en fait, je subodore une effroyable évolution: la notion d'information a changé. Elle n'est plus le résultat construit d'une démarche professionnelle éthique, elle n'est plus l'explication du monde par des enquêteurs ou des spécialistes sincères. Elle est le résultat empirique d'une confrontation de points de vue et de comportements plus ou moins désordonnés, elle est l'approximation temporaire d'une réalité changeante et complexe.


Ce n'est plus l'information qui compte, c'est le changement. Je ne parle pas de l'opposition désormais dépassée entre journaliste et non journaliste. Je compare simplement des contenus et l'usage qu'on en fait.


Hier l'information était quelque chose d'important, qui changeait notre vision du monde et participait à notre connaissance; aujourd'hui elle n'a plus de valeur intrinsèque, elle ne fait que passer, de mains en mains, de blogs en blogs, elle est un outil d'échange, elle est l'échange. Je crois que les mots et le langage ont perdu dans l'affaire. Et moi, je suis devenu un vieux con!



mercredi 1 mars 2006

Les plus beaux dessins d'illustrateurs


Après les plus belles pages de quotidiens et les plus belles pages de magazines, on termine ce tour d'horizon de la presse avec les plus beaux dessins d'illlustrateurs, toujours dans le beau-livre "The Society of Publications Designer 40th Publication Design Annual".


No comment...


(dessin de Gene Howard Greif)



mardi 28 février 2006

Les plus belles pages de magazines


Après les plus belles pages de quotidiens, je vous invite à feuilleter cette sélection des plus belles pages et couvertures de magazines, essentiellement américains, mais avec quelques autres nationalités quand même.


Là aussi comme dans les quotidiens, pas une seule citation de magazine français...


Il s'agit des publications de 2004, telles qu'elles ont été primées par la le beau-livre "The 40th Publication Design Annual" édite par la Society of Publication Designers. (les lauréats 2005 seront désignés en mai 2006).


Je n'ai pas beaucoup de commentaires à faire: ces pages parlent d'elles-mêmes.


La plus surprenante est la double page de Sports Illustrated: complètement dingue! Je vous laisse la surprise... 


Bon feuilletage!


Lire aussi
mon article de l'année dernière
.
 



vendredi 24 février 2006

Les plus belles pages de quotidiens

J'ai mis sous forme de diaporama ces quelques belles pages de quotidiens, issues du livre "The Best of Newspaper Design" que j'avais déjà analysées ICI.


Et je me suis permis de rajouter quelques commentaires dans ce diaporama...


Bonne promenade! (cliquez sur l'image ci-dessous)


(NB: les scans ayant été faits directement sur le livre, les pages que vous allez voir ne sont pas très lisibles, désolé, mais ce qui importe ici c'est leur allure générale et les principes de création...)


 


 




mercredi 22 février 2006

L'information papier: un avenir radieux


Plus le web va continuer à être gris, overdosé, infobèse, standardisé dans la forme et politiquement correct sur le fond (et je ne vois pas comment il peut en être autrement), plus le papier finira par avoir à nouveau ses chances.


J'ai eu cette révélation en feuilletant l'extraordinaire beau livre "The Best of Newspaper Design" qui récompense chaque année les plus belles pages publiées par la presse quotidienne dans le monde (éditions The Society for News Design). Ne cherchez pas les pages de ce livre sur le web: vous ne les trouverez pas! Sauf ici où j'ai pris la liberté d'en scanner quelques-unes, pour le bénéfice de ma démonstration.


J'ai feuilleté l'édition numéro 26, publiée courant 2005, qui récompense donc les publications 2004. Ce délai, c'est un des problèmes de l'édition papier! Mais le temps, lui aussi, va reprendre du poids, vous verrez…
En tout cas, le résultat est là, sous mes yeux et il est formidablement porteur d'espoir.


Seule ombre au tableau et de taille: sur les 1100 pages de journaux commentées dans ce livre: combien à votre avis de pages françaises?..



Réponse: Zéro! 



Sauf erreur de ma part, pas une seule page d'un quotidien français n'a été distinguée. La France n'existe pas en design de presse ou bien elle ne fait même pas l'effort de se promouvoir. Cela devrait rendre un peu plus modestes ces petits directeurs de publication français toujours aptes à donner des leçons au monde entier. Ils peuvent toujours parler: personne ne les écoute sur cette planète! J'ai trouvé seulement deux pages francophones: une page business "A vos affaires" de La Presse (Montréal)   - il y a une autre citation de ce même journal, mais c'est pour un dessin d'illustrateur - et la Une du quotidien Le Devoir (Montréal toujours).



Le message essentiel n'est pas là: ces pages montrent tout simplement que le papier est le seul support aujourd'hui à pouvoir offrir au lecteur la rencontre de deux axes de mise en scène forts et porteurs de sens: d'une part, cette mise en scène est globale, spectaculaire, originale, percutante et équilibrée; d'autre part, elle est d'autant plus pertinente qu'elle est totalement contextuelle. C'est le sujet qui prime, et c'est autour de ce sujet que se bâtit cette mise en scène globale qui est une collaboration de toutes les équipes de rédaction: rédigeants et maquettistes, directeurs artistiques et infographistes, iconographes et photographes. L'information papier est la plus belle réalisation d'intelligence collective que je connaisse.



On ne trouvera jamais cela sur le web parce que, tandis que les pages papier se feuillettent, se visualisent d'abord globalement, l'écran, lui, reste avant tout une petite lucarne forcément partielle, un zoom déformant. Ces pages papier, on les touche, on les hume. Il y a des heures d'intelligence et de créativité derrières chacune d'entre elles. La surprise vient à chaque détour, elles donnent au lecteur une vision originale, spécifique du monde. Et l'information, la vraie, celle qui change votre connaissance et votre vision du monde, c'est la surprise, théorie de Shannon bien connue.



Ne parlons même pas de la mise en page: entre ces journaux-là et le web, c'est le jour et la nuit. Les outils de maquette, selon qu'on est papier ou web, c'est le ciseau d'artisan ou la bétonnière. Un homme seul peut faire son site à lui tout seul, j'en sais quelque chose...


Sur le web, en effet, il n'est pas question d'innover dans la mise en page, au contraire c'est même interdit: l'internaute cherche ses repères en quelques dizièmes de seconde. Si, dans ce balayage instantané, il n'a pas trouvé où cliquer, il s'en va. C'est aussi simple que cela. Tous les efforts éditoriaux du web portent donc sur la capacité à retenir l'internaute par des accroches aussi simples que possible, des mots-clés, des formes graphiques ou des couleurs auxquelles il est habitué. Il ne faut surtout pas le déranger, il ne doit pas réfléchir selon la fameuse formule d'un gourou du web dont j'ai oublié le nom, il faut dire que ça change souvent.
Le web caricature le principe de pertinence bien connu des cogniticiens. Lorsque le cerveau cherche la bonne info, il fonctionne en effet selon deux règles:



- plus l'impact cognitif de cette info est fort, plus il considérera qu'elle est pertinente (et donc il la retiendra, il la sélectionnera); c'est la règle d'or du papier;



- plus l'effort de traitement est important, plus il aura tendance à abandonner; çà, c'est la règle du web.
Mais le papier tente d'appliquer les deux règles tandis que le web n'a retenu que la deuxième. Les internautes sont l'archétype de ce que les cogniticiens appellent des "deductive satisfacers": ils s'arrêtent à la première solution trouvée, la plus facile, la plus rapide.


De là à dire que le web c'est pour les imbéciles et le papier pour les gens intelligents, il n'y a qu'un pas à franchir… Que je ne franchirai pas, bien sûr (… mais qu'est-ce que ça me démange parfois !...) .



Plus sérieusement – oui, je blaguais dans la phrase d'avant, je vous jure! -  c'est pour toutes les raisons ci-dessus exposées que je reste fondamentalement optimiste sur l'avenir de l'information papier.


A condition bien sûr d'y mettre les moyens, ce à quoi renâclent les éditeurs de presse français: ils ne sont pas forcément les plus radins du monde mais ils investissent rarement au bon endroit. Or, il se trouve qu'il y a une corrélation très forte entre les journaux distingués pour leur mise en scène globale et ceux qui ont de bons résultats financiers… Étonnant, non?
 


Dernière heure: les gagnants de 2005 viennent d'être nommés; extrait:


"Meeting at Syracuse University in New York, five judges reviewed 389 newspapers
from 44 countries to decide the 2005 winners.This year’s World’s Best-Designed Newspapers™ are:


The Guardian, London, U.K. daily, circulation: 395,000    


Rzeczpospolita, Warsaw, Poland, daily,
circulation: 180,000."



mercredi 11 janvier 2006

Maîtriser son information: la synthèse

Pour mes étudiants de Paris-Dauphine et mes futurs étudiants de Paris-Sorbonne, je publie aujourd'hui une synthèse actualisée de mon cours "Maîtriser son information" (après plusieurs versions déjà publiées ici).
Cette fois, j'ai allégé la partie théorique sur le journalisme, l'information, le langage, la communication. Et j'ai privilégié la partie pratique sur la lecture et l'écriture.
Je suis heureux de l'offrir également à tous les lecteurs de InfoTechArt, chaque jour plus nombreux. Faites-en bon usage!
(pdf, 132 pages, 700K)


vendredi 6 janvier 2006

0'Reilly délire à Fox News sur "l'insurrection musulmane" en France

Dans la série "Bonne année à la désinformation", un petit retour en arrière...
C'est terrifiant, la face noire du journalisme pratiquée à Fox News, la chaîne TV de Rupert Murdoch, par cet abruti total de 0'Reilly...





 - info et vidéo pris chez suchablog qui source: "La vidéo provient de l'émission Arrêt sur Images "Vu de l'étranger : une insurrection musulmane ?" diffusée le 13 novembre 2005 sur France 5."


jeudi 5 janvier 2006

Bonne année à la désinformation!

En fouillant dans les archives de mon cours de Paris-Dauphine Maîtriser son information, je retombe sur cette photo du débarquement américain à Haïti en 1994; on y voit les cameramen et les photographes s'agiter devant les GI allongés en position de tir, pour pouvoir montrer au public les dangers encourus par les vaillants soldats.
« Restez. Fournissez-moi les dessins et je vous fournirai la guerre. » disait en janvier 1898 William Randolph Hearst, patron du New York Journal, à son dessinateur Frederick Remington, qui lui câblait de La Havane: « Il n’y a pas de guerre ici, je demande à être rappelé. » Survint alors l’explosion du cuirassé Maine. Hearst monta une violente campagne
comme on le voit dans Citizen Kane, le film d’Orson Welles (1941).
Extraits: « Pendant plusieurs semaines, jour après jour, il consacra plusieurs pages de ses journaux à l’affaire du Maine et réclama vengeance en répétant inlassablement : « Remember the Maine ! In Hell with Spain. » (Souvenez-vous du Maine ! En enfer l’Espagne !). Tous les autres journaux suivirent. La diffusion du New York Journal passa d’abord de 30 000 exemplaires à 400 000, puis franchit régulièrement le million d’exemplaires ! L’opinion publique était chauffée à blanc. L’atmosphère devint hallucinante. Pressé de partout, le président William McKinley déclara la guerre à Madrid le 25 avril 1898. Treize ans plus tard, en 1911, une commission d’enquête sur la destruction du Maine devait conclure à une explosion accidentelle dans la salle des machines...»
Et, pour bien commencer l'année, Reporter Sans Frontières rappelle qu'en 2005 il n'y a jamais eu autant de journalistes tués dans le monde depuis dix ans (63 exactement)...
Deux visions du métier...

source image et texte:
Sciences Humaines n°129, Juillet 2002. Alex Webb/magnum Photos.



samedi 17 décembre 2005

Société de l'information, ou de la manipulation ?

(ma chronique parue dans Les Echos n° 19160 du 17 mai 2004, page 19 et qui déclencha quelques polémiques à l'époque; je ne trouve pas qu'elle ait tellement viellie, à part les références sur l'actualité bien sûr! - lire aussi Mon article sur les blogs dans Les Echos)
L'actualité récente nous questionne à répétition sur le maniement de l'information, non seulement par les médias mais aussi par les autres pouvoirs. Qui pousse la guerre des images en Irak ? Qu'a fait la France au Rwanda ? Et Aznar sur les attentats de Madrid ? Comment de grands journaux américains ont-ils pu laisser des reporters de guerre bidonner leurs articles pendant des années ? Nokia a-t-il influencé délibérément le marché dans la présentation de ses résultats ? Quelles erreurs les enquêteurs ont-ils commises dans l'affaire Dutroux ? Même l'Histoire nous échappe, car chaque époque se réapproprie les faits historiques et en modifie les frontières : ce n'est pas l'Allemand Johannes Gensfleisch dit Gutenberg qui a inventé l'imprimerie mais le Chinois Pi Cheng, quatre siècles plus tôt ; l'Américain Alexander Graham Bell, fondateur de l'empire américain des télécoms, a piraté les brevets sur le téléphone de l'italien Antonio Meucci,... Bref, chacun en prend pour son grade, le politique, le journaliste, le patron, le juge, le chercheur, l'historien.
Un mythe s'effondre : celui d'une information objective et sincère. Plus personne n'y croit. La société de l'information devient la société du mensonge. Informer, c'est manipuler.


La lecture d'un livre collectif comme « Blacklist » (Editions des Arènes, 2003) est à ce sujet édifiante : on y voit des journalistes mener leur enquête contre vents et marées et ce travail saccagé ensuite par les pouvoirs économiques ou politiques. Au-delà du « quatrième pouvoir » des médias, il y en a désormais un cinquième, ce sont les experts en communication des puissances établies. Et ils sont bien plus efficaces, parce qu'ils ont la volonté et les moyens de créer un bruit plus fort que celui des journalistes. Ce n'est plus la peine d'essayer de faire pression sur un média, laissons-le publier son article. Ensuite, on met en branle le rouleau compresseur de la communication-manipulation. Au final, le lecteur, le téléspectateur, le citoyen ne retiendra que ce qui a fait le plus de tapage. Comment lui en vouloir ? Lisez une fois la vérité et dix fois un mensonge : que croirez-vous ?
Un pan entier des théories modernes de la communication disparaît. Bien sûr, le récepteur n'est pas passif, il filtre. Mais quand le message est martelé, le filtre s'encrasse. Quant aux théories de l'information, elles n'ont fait que peu de progrès depuis la théorie mathématique de Claude Shannon et Warren Weaver en 1949. C'est à eux qu'on doit cette règle : la quantité d'information d'un message est inversement proportionnelle à la probabilité d'apparition de ce message. Voilà pourquoi tant de citoyens se détournent de l'information, fatigués du politiquement correct et du rabâchage.
Alors, faut-il baisser les bras ? Non, car la solution est simple : chacun d'entre nous, à son poste, dans sa vie de tous les jours, peut et doit devenir un praticien de l'information-communication. Un nouvel Homo Communicans, mi-journaliste (pour traiter l'information correctement), mi-expert en communication (pour éviter les manipulations). Vivre libre, c'est comprendre le monde à sa façon, savoir décrypter les médias, devenir soi-même son propre créateur d'informations.
Il n'y a pas encore d'enseignements de ce type dans les écoles, mais il serait temps d'y songer. Imposons dès le primaire les savoirs de base de la société moderne : taper à la machine, manier l'ordinateur et Internet, parler anglais couramment et maîtriser l'information. Avec ces « habilités » là, comme disent les Québécois, on formerait enfin des citoyens bien dans leur monde.
En attendant, chacun peut commencer son apprentissage. Première règle : faire confiance au « principe de pertinence » mis en exergue par les linguistes. Car c'est le mode de fonctionnement intuitif de notre cerveau, disque dur en permanence saturé : sa capacité étant limitée (2 gigaoctets, disent les cogniticiens), il ne retient que l'essentiel. Pour sélectionner correctement et volontairement, il suffit de se faire confiance. Pourquoi ? Parce que le cerveau humain n'est pas qu'une mémoire faible, il est aussi un processeur mille fois plus puissant que le plus gros des ordinateurs.
Deuxième règle : toujours remonter aux sources. Avec Internet, cela devient facile à condition de vérifier. Si une page Web mentionne un chiffre de l'Insee, allez donc le vérifier sur le site de l'Insee lui-même ! Douter toujours, c'est le meilleur moyen de mieux comprendre.
Troisième règle : cherchez des sources différentes sur le même sujet et recoupez-les. N'écoutez pas toujours les mêmes émetteurs. G7 et Attac, écologistes et libéraux, islam et Occident, chacun détient sa part de vérité et chaque vérité est faillible parce qu'humaine. A l'un de ces patients qui lui disait : « Je ne suis quand même pas un idiot », Jacques Lacan aurait répondu : « Ce n'est pas parce que vous le dites que ce n'est pas vrai. »
Quatrième règle : connaissez les règles de base de la manipulation pour éviter d'être manipulé. Elles sont bien expliquées dans un ouvrage de chercheurs destiné au grand public (*). Votre voisin de table vous effleure discrètement le bras : vous serez ensuite plus facile à convaincre ! Une fois doté de ces connaissances de base, votre vision du monde changera, comme le désirait si joliment et si ardemment Julien Gracq : « Tant de mains pour changer le monde et si peu de regards pour le contempler ! »
(*) « Petit Traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens », Jean-Léon Beauvois et Robert-Vincent Joule, PUG, 2002.

samedi 8 octobre 2005

Rien ne remplace un bon magazine

C'est la réflexion que je me faisais en feuilletant Micro Hebdo. En 20 minutes, pleins d'infos marrantes ou utiles, c'est imbattable par rapport au Net!
Démonstration:
- marrant: on utilise le déplacement des hanches des marcheurs (mouvement vertical de 5 cm) pour créer de l'énergie électrique et alimenter les portables qu'ils trimbalent;
- étonnant: en visionnant sa maison sur Google Earth, un italien remarque une tâche noire; on fouille sur place et on découvre les vestiges d'une villa romaine!
- défense conso: Cdiscount a de drôles de pratiques sur ses livraisons...le site libershop.com a escroqué les gens pour 1,2 million d'euros...
- utile: le dossier "25 nouvelles fonctions gratuites pour Windows XP"...
- ça va sortir: un appareil photo numérique 16/9 chez Leica...
- nouveau: le navigate..
- comparatif: 10 webcam petits prix...2O processeurs AMD et Intel testés...
etc.
Le tout pour 1,80 euro...
Convaincu?
PS: bon d'accord, je fais de la retape pour un journal qui fait partie d'un groupe où je suis salarié et, en plus, j'ai dirigé l'équipe qui l'a conçu, créé et lancé...N'empêche que j'y crois!...


samedi 1 octobre 2005

Information et Connaissance

Je mets à l'affichage mon texte et mon powerpoint sur le thème:


"Information et Connaissance, les nouveaux enjeux"
que j'ai présentés aux "1ères Rencontres Innovation, Compétitivité et Connaissances" (28-30 septembre 2005).


Je défends la thèse d'une information de qualité, validée, traitée par
des méthodes éprouvées et je donne quelques idées sur les méthodes
possibles.


Visionner la présentation

mardi 7 juin 2005

L'arbre et le bruit: "Esse est percipi", oui ou non?

Georgesberkeley « S'il y a un bruit dans la forêt et qu'il n'y a personne dans la forêt, il n'y a pas de bruit.»
J'ai toujours attribué cette phrase à Peter Drucker.
L'origine du propos remonte, semble-t-il, à l'évêque irlandais George Berkeley (1685-1753), auteur du fameux Principes de la connaissance humaine , (1710), Garnier-Flammarion Poche.
C'est lui, d'après Paul Watzlawick, qui lance le débat: un arbre qui tombe dans une forêt déserte fait-il un bruit , bien que personne ne soit là pour l'entendre?
« Esse est percipi » dit-il à propos des objets: exister, c'est être perçu.
« L'opinion prévaut de façon singulière, parmi les gens, que les maisons, les montagnes, les fleuves, en un mot les choses sensibles, ont une existence naturelle ou réelle, en dehors du fait que l'esprit les perçoit ». Cette opinion, dit Berkeley, est « une contradiction évidente ». « Car que représentent donc ces objets, sinon des choses perçues par nos sens ? Or, que percevons-nous, sinon nos idées ou nos sensations (ideas or sensations) ? Et n'est-il pas simplement absurde de croire que des idées ou des sensations ou leurs combinaisons peuvent exister sans être perçues ? » (source)
BandesdemachEt c'est également en réfléchissant à tout cela que l'on apprend que "machiste" ne veut pas dire "macho" mais "disciple de Ernst Mach", un type qui ne croyait pas aux atomes, le pauvre et adepte comme chacun sait de l'empiriocriticisme.
Moi, personnellement, je le préfère dans ses "bandes de Mach", une célèbre illusion d'optique: « On voit comme une transition de couleur qui forme un pattern en relief alors qu'il n'y a qu'une juxtaposition de bandes de gris variable. » ...
La vie ne serait-elle qu'un clone des bandes de Mach?...

"Esse est percipi", oui ou non?

Georgesberkeley"S'il y a un bruit dans la forêt et qu'il n'y a personne dans la forêt, il n'y a pas de bruit."


J'ai toujours attribué cette phrase à Peter Drucker.
L'origine du propos remonte, semble-t-il, à l'évêque irlandais George Berkeley (1685-1753), auteur du fameux Principes de la connaissance humaine , (1710), Garnier-Flammarion Poche.
C'est lui, d'après Paul Watzlawick, qui lance le débat: un arbre qui tombe dans une forêt déserte fait-il un bruit , bien que personne ne soit là pour l'entendre?
" Esse est percipi " dit-il à propos des objets: exister, c'est être perçu.
" L'opinion prévaut de façon singulière, parmi les gens, que les maisons, les montagnes, les fleuves, en un mot les choses sensibles, ont une existence naturelle ou réelle, en dehors du fait que l'esprit les perçoit "
Cette opinion, dit Berkeley, est " une contradiction évidente. Car que représentent donc ces objets, sinon des choses perçues par nos sens ? Or, que percevons-nous, sinon nos idées ou nos sensations (ideas or sensations) ? Et n'est-il pas simplement absurde de croire que des idées ou des sensations ou leurs combinaisons peuvent exister sans être perçues ? "(source)
Bandesdemach Et c'est également en réfléchissant à tout cela que l'on apprend que "machiste" ne veut pas dire "macho" mais "disciple de Ernst Mach", un type qui ne croyait pas aux atomes, le pauvre et adepte comme chacun sait de l'empiriocriticisme.
Moi, personnellement, je le préfère dans ses "bandes de Mach", une célèbre illusion d'optique: ...
La vie ne serait-elle qu'un clone des bandes de Mach?...



jeudi 21 avril 2005

Cherchez un mot dans la Constitution Européenne

Génial, cet outil mis au point par Jean Véronis, spécialiste des technologies du langage. Pour savoir quels sont les mots les plus utilisés dans la Constitution européenne. Bravo!
Par exemple:
- "président": 34 occurences
- "droit": 300 (qui dit mieux?)
- "concurrence": 40
- "social" : 77


Chercher dans la Constitution Européenne :



Français English



Merci à Technologies du Langage - Aide

lundi 18 avril 2005

On ne parle pas tous dans le même ordre






































Ordre des mots



Exemple



Langue


SVO

La vache mange l'herbeFrançais, anglais, finnois, chinois, swahili, vietnamien

SOV

La vache l'herbe mangeHindi/ourdu, turc, japonais, coréen, allemand et autres langues germaniques, tibétain

VSO

Mange la vache l'herbeArabe classique, gallois, samoan

VOS

Mange l'herbe la vacheMalgache, tzotzil (langue mayal)

OSV

L'herbe la vache mangeKabardien (langue du Caucase)

OVS

L'herbe mange la vacheHixkaryana (langue indienne du Brésil)

"Les langues peuvent être classées selon différents critères. L'un d'entre eux est l'ordre dans lequel on place le sujet (S), le verbe (V) et l'objet (O) dans la phrase. Plusieurs "types de langues" sont ainsi distinguées, même si aucune langue ne correspond exclusivement à un type donné. Les tournures SVO et SOV sont les plus fréquentes, soit environ 75% des langues du monde. Les tournures OSV et OVS sont rarissimes"
Jean-François Dortier dans Sciences Humaines n° 160 - Mai 2005.
Mon commentaire: qui a raison? quel est le meilleur ordre? ....

vendredi 15 avril 2005